Adjjadj Alemine

Adjjadj-Alemin (Aggag-Alemin), appelé aussi el-wali (le saint), est le seul islamisateur dont la mémoire ait été conservée vivante dans l'histoire orale des Kel Ahaggar. Son tombeau, situé entre Hirafok (Herhâfeq) et Idélès, parfaitement entrete­nu, est bien connu des habitants du nord-est de l'Ahaggar.

Selon Ibn Khaldoun (Histoire des Berbères, II: 67), Yahya-ibn-Ibrahim de la tribu des Guedala rencontra à Kairouan (lors de son voyage à la Mecque en 440/1048-9) Abou-Amran el-Fasi, un savant docteur du rite malékite. Con­quis par son savoir, Yahya demanda à cet homme d'envoyer chez lui un de ses disciples pour convertir à l'Islam les habitants du désert. Ne trouvant pas dans ses proches compagnons quelqu'un qui acceptat les privations du désert, Abou-Amran « donna à ses visiteurs une lettre pour un autre jurisconsulte de ses élèves nommé Mohammed-Ou-Aggag-ibn-Zellou, membre de la tribu des Lemtouna et domicilié à Sidjilmessa » (Ibn Khaldoun, ibid., 68). Mohammed ­Ou-Aggag désigna lui-même Abdallah-ibn-Yacin-ibn-Meggou-el-Guezouli qui partit avec Yahya-ibn-Ibrahim et les siens pour enseigner le Coran et les pratiques religieuses aux habitants du désert.

A la mort de Yahya, on se révolta contre Ibn-Yacin, tant étaient pénibles les devoirs qu'il imposait. Celui-ci partit alors avec une poignée de fidèles pour embrasser la vie ascétique. On connaît la suite de l'histoire du fondateur des Almoravides, mais beaucoup moins celle de son maître Mohammed-Ou-­Aggag.

C'est M. Benhazera qui émet le premier l'hypothèse que Adjjadj-Alemin se­rait le même personnage que Mohammed-Ou-Aggag. « Abdallah ben Meggou susnommé, trop rigoriste, se vit en butte aux persécutions des Lemtouna et dut prendre la fuite pour éviter la mort et il est possible que son maître Aggag se décida à venir en personne en Ahaggar où il mourut et fut enterré» (Ben­hazera 1908 : 88). Devant les premiers échecs de son disciple, il est fort pro­bable que Aggag prit la décision d'affronter lui-même les réalités difficiles du grand désert et de ses habitants. Ibn Khaldoun ne parle pas du voyage de Aggag chez les peuples voilés mais nous dit que « la majeure partie de la tribu des Lamta [à laquelle appartenait Aggag] demeure dans le voisinage des Sanhadja porteurs du litham» (ibid., t. II : 117). Il y a de fortes présomptions pour que ce personnage historique soit bien le saint enterré à Tafedjjiq.

La piété et l'ascendant moral de Adjjaj de l'Ahaggar devaient être impor­tants car, à son nom qui désigne déjà en berbère un lettré musulman (voir Foucauld, Dict. 1: 408), s'est adjoint le qualificatif arabe de al-amin (Ale­min) : intègre, le juste.

Plusieurs anecdotes circulent sur sa vie et son pouvoir charismatique. Les Touaregs se sont parfois réclamés de son ascendance. Cependant, Adjjadj (Aggag) n'a pas laissé de lignage connu, ni de relations sur son origine régionale (Tafilalet).


Tombes d'Adjjadj Alemine et de sa sœur, entre Hirafok et Idelès, Ahaggar (photo G. Camps).

Il est enterré auprès d'une parente (sœur ou nièce) dans la vallée de Tafeddjiq, affluent de l'Igharghar à mi-chemin entre Idélès et Hirafok. Sa tombe, pourvue d'une enceinte délimitant un déambulatoire, est l'objet d'un pèlerinage annuel de la part des habitants d'Idélès, d'Hirafok et des nomades Issaqqamarènes : Kel Amguid et Kel Tefedest. Le but principal du pèlerinage, qui a lieu le plus souvent en automne, est d'obtenir la pluie; il est recommandé de faire également une visite de courtoisie à la tombe de la sœur du Wali ; un chemin soigneusement entretenu réunit les deux tombes,

Adapté de l'article de G. BARRERE & M. GAST dans l'Encyclopédie Berbère, Livre II

BIBLIOGRAPHIE


  • BARRERE G. Aggag Alemine, Le Saharien, n, a 51, 3e et 4e trim. 1968, p, 29-34 (voir croquis p, 30),
  • BENHAZERA M, Six mois chez les Touaregs du Ahaggar, Typographie Adolphe Jour¬dan, Alger, 1908, p. 88.
  • FOUCAULD CH. DE. Dictionnaire touareg-français, Imprimerie Nationale, Paris, 1951-52,4 vol.
  • IBN KHALDOUN. Histoire des Berbères et des dynasties musulmanes de l'Afrique septentrionale, trad. de Slane, P. Geuthner, Paris, 4 vol. (1925-1927-1934-1956).
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