Achakar

ACHAKAR - Maroc: Le toponyme d’Achakar regroupe une série de grottes, très voisines les unes des autres, communiquant parfois entre elles et qui furent souvent confondues (fig. 1). Parmi ces cavités situées sur une falaise, au sud du cap Spartel, aux environs de Tanger, figure la grotte d’Hercule qui tire son nom de la mythologie (Roget R., Le Maroc chez les auteurs anciens, Paris, 1924, p. 27-28) mais elle est en très grande partie artificielle, due à l’extraction dans la meulière de meules de moulin. Ces carrières ont été exploitées depuis le Moyen Age (A.O. el Bekri, Descrzption de l’Afrique septentrionale traduite par M.C. de Slane, Paris, 1965, p. 222) et ont été utilisées jusqu’à l’époque contemporaine (Tissot C., Recherches sur la géographie comparée de la Maurétanie tingitane, M. Acad. Inscriptions et B.-L., 1ère série, t. 9, 1ère partie, 1878, p. 188-189). Les gisements préhistoriques les plus importants sont la caverne des Idoles, la Grotte haute (Mugharet el-Aliya) et les grottes d’El Khril. La première, connue dès le XIXe siècle grâce notamment à M.G. Bleicher et Charles Tissot, fut fouillée au début du siècle par G. Buchet et S. Biarnay. De 1922 à 1927, le R.P. Henry Koehler y reprit des fouilles. Ces dernières on été conduites avec beaucoup de soin et de méthode ; malgré leur ancienneté, elles ont révélé une stratigraphie comptant cinq niveaux principaux ; les plus anciens renferment de la céramique cardiale. L’industrie en silex et en os y est variée et abondante ; on y trouve également de la pierre polie.

La céramique est représentée par neuf vases entiers, ce qui est exceptionnel en Afrique du Nord, et de très nombreux tessons. La céramique cardiale, la plus ancienne, est abondante (Souville G., La céramique cardiale dans le Nord de l’Afrique, Fundamenta, T. VII, Reihe A., B. 3, Cologne, 1972, p. 60-71, taf. 18-21), avec notamment trois vases entiers. L’un (fig. 2), de petites dimensions (h : 0,075 m ; 1. max. 0,078) a une panse losangique, légèrement renflée avec un col large et cylindrique ; il est entièrement et finement décoré. Un autre, venant du même niveau est de forme sphéroïde, la plus répandue à Achakar.

Sans qu’il soit toujours possible de les distinguer en stratigraphie, on observe avec la céramique cardiale, des vases ovoïdes ou à fond plat avec des boutons ou des bandes rapportées. La céramique impressionnée est la plus répandue. Elle précède la céramique cannelée qui sert de transition au campaniforme (Souville G., La civilisation du vase campaniforme au Maroc, L’Anthropologie, t, 81, 1977, p. 565-566, fig. 4) puis à la céramique rouge à fond plat, parfois hémisphérique, polie et plus récente. La grotte tire son nom d’une quarantaine de statuettes en terre cuite, longtemps considérées comme des idoles phalliques mais qui sont en réalité des représentations anthropomorphes, appartenant à un Néolithique tardif, voire plus récentes (Camps-Fabrer H., Matière et art mobilier dans la préhistoire nord-africaine et saharienne, Paris, 1966, p. 401-413, fig. 141-145).

De 1939 à 1947, le Dr Nahon et H.A. Doolittle puis le Peabody Museum de l’université de Harvard (C.S. Coon et H. Hencken) prospectèrent et fouillèrent dans la région de Tanger notamment à la Grotte haute (Mugharet el Aliya), à une vingtaine de mètres de la Caverne des Idoles. Une stratigraphie détaillée a montré la présence d’un Atérien final, caractérisé par la finesse des retouches, l’existence de retouches bifaciales couvrant parfois la totalité des pièces et par des armatures dites pointes marocaines et pseudo-sahariennes; on a autrefois donné le nom de Tingitan à ce faciès. C’est peut-être de ce niveau que viennent des restes humains appartenant à un enfant. A l’Atérien succède un Epipaléolithique pauvre puis le Néolithique. C’est en s’appuyant sur les fouilles américaines de Mugharet el-Aliya que l’on avait émis l’hypothèse d’un Atérien se prolongeant jusqu’au Néolithique dans le nord du Maroc, les Epipaléolithiques ayant été absents de la région. On retrouve les céramiques cardiale, cannelée, impressionnée et incisée. Les mêmes observations peuvent être faites à Mugharet es-Saifiya et surtout à El Khril, grâce aux recherches de la mission américaine. En 1958, A. Jodin a repris la fouille des grottes d’El Khril et y a établi une stratigraphie minutieuse. La céramique cardiale y est très répandue avec surtout des formes sphériques. Elle est associée au décor cannelé et impressionné. On y trouve également des incisions. Une céramique «lisse», à fond hémisphérique ou plat, de couleur rouge est plus récente, sans doute protohistorique. A El Khril, a été recueillie une statuette en terre cuite, comparable à celles de la grotte des Idoles. Ici également, l’industrie lithique est pauvre. Les gisements d’Achakar montrent la présence dans l’extrême Nord du Maroc d’une civilisation néolithique importante à céramique cardiale précédant le Campaniforme et l’âge du Bronze, subissant déjà des influences de la péninsule Ibérique.

G. SOUVILLE

Source Initiales: Encyclopédie Berbère, Livre I


BIBLIOGRAPHIE

  • Recherches archéologiques au Maroc, III, La caverne des idoles au sud du cap Spartel (extrait des rapports d’E. Michaux-Bellaire, revus par M. Besnier), Archives marocaines, t. 18, 1912, p. 391-396, p1. 14-18; appendice : Description de la caverne des idoles par S. Biarnay, Ibid., p. 397-400, fig. 6.
  • KOEHLER H., Etudes de préhistoire marocaine, I, La grotte d’Achakar au cap Spartel, Bordeaux, 1931, 44 p., 3 fig., 19 pi.
  • HOWE B. et Movius H.L., A stone age cave site in Tangier. Preleminary report on the excavation at the Mugharet el ‘Aliya, or High Cave, in Tangier, Peabody Museum, Cambridge, 1947, 32 p., 8 fig.
  • JODIN A., Les grottes d’El Khril à Achakar. Province de Tanger, B. Archéol. marocaine, t. 3, 1958-59, p. 249-313, 22 fig., 15 p1.
  • HOWE B., The palaeolothic of Tangier, Morocco. Excavations at Cape Ashakar, 1939-1947, Peabody Museum, Cambridge, 1967, XII-200 p., 68 fig.
  • GILMAN A., A later prehistory of Tangier, Morocco, Peabody Museum, Cambridge, 1975, 182 p., 128 fig.