Accent

ACCENT: En phonétique on distingue l’accent musical et l’accent d’intensité. Bien que des mots berbères passés dans des langues soudanaises y présentent certains modèles d’accentuation, aucune trace d’accents musicaux à valeur phonologique n’a pu être relevée en berbère. Il s’agit soit de jeux d’analogie, soit de la traduction du rythme d’accentuation comme nous pouvons l’observer lors de l’assimilation d’autres mots étrangers, par exemple d’origines arabe ou anglaise (W. Vycichl, Zur Tonologie des Somali. Rivista degli Studi Orientali, 51, 1956, p. 221-227).

En haoussa nous avons: dfitdùii «marteau du forgeron» (prob. d’origine berbère, comp. hébreu paff, dhdràs «cheval brun ou beige» (touareg ahras «animal gris alouette»), tdkàrdd «papier, lettre» (berbère, d’origine grecque), uîkYb( épée» (touareg takuba). Dans ces exemples l’ancien article (a- m. et ta- f.) a toujours le ton haut en haoussa, mais la règle n’est pas générale (A. Bar-104/ Hausa - English Dictionary. Oxford 1934). Dans la phrase berbère toutes les syllabes ne sont pas prononcées avec la même intensité, mais ce fait n’implique nullement l’existence d’un accent d’intensité à valeur phonologique. La grande majorité des auteurs ne distinguent pas les syllabes accentuées des syllabes atones. C’est ainsi qu’A. Basset s’est montré extrêmement sceptique quant à l’existence d’un accent dynamique en berbère et parle, en 1952, de «résultats peu convaincants».

Cependant la place de l’accent dynamique a été notée dans le berbère de Zwara (en Libye) (T.F. Mitcheil, Particle-Noun Complexes in a Berber Dialect (Zuara). Bulletin of the School of Oriental and African Languages XV, 2, London 1953, p. 375-390). On y a dfrux «garçon», drgaz «homme, jUs «langue», mais avec suffixe possessif argdz-is «son garçon», afrax-is «son garçon)), iWs-is «sa langue». Des structures différentes sont notées dans le cas de dzgn «moitié» et azgn-is «sa moitié)). La voyelle centrale est maintenue dans certains cas, p. ex. la «faim», ldz-is «sa faim», tnast «clé», tnast-is <sa clé», dans d’autres elle a disparu en position atone: fus «main», fus-is «sa main», tmitt(sic) «nombril», tmitt—is «son nombril)).

H. Stumme marque dans ses textes l’accent en tachellit (Handbuch des Schilpishen von Tazerwalt. Leipzig, 1899), mais en insistant sur le fait que l’accent du mot n’est pas absolument fixe comme en allemand. Fr. Beguinot consacre dans sa grammaire du berbère de Fassato un chapitre à l’accent (Il Berbero Nefûsi di Fassâto, Rome, 1924, pp. 11-14) : il y distingue des «facteurs traditionnels» conditionnés par la structure syllabique (terkeft «caravane», mais lemdînet «ville ; amoqrân «le grand», p1. imoqrânen) des «facteurs psychologiques» marquant l’insistance sur un élément particulier de la phrase, une opposition mise en évidence ou résultant de certaines constructions (uffén «chacal», mais yemls ufien «le chacal lui dit) et des «facteurs physiologiques» déterminant la place de l’accent lors de la composition de mots (udém figure», mais udménnes «sa figure»). Dans certains cas deux prononciations sont admises mây ellzdlénnek? «comment vas-tu» ou mdy ellz&lennek?, mais dans l’ensemble la place de l’accent est bien déterminée en berbère nefousi. La prononciation tésubla «alène» est sentie «incorrecte», seule tesubld est admise. (Informateur nefousi, originaire de Kabao, été 1972).

Le P. Fr. P. Sarrionandia indique la place de l’accent dans sa grammaire rifaine (Tanger, 1905). Il écrit drgaç «homme> (= phon. drgaz), ayellidh «roi» (= phon. aallid), anélmedh «nous apprendrons» (= phon. anlmd), mais sans donner de règles précises.

Quant au touareg, les anciens auteurs ne parlent pas de l’accent. Mais Karl-G. Prasse traite le problème de l’accent en touareg dans ses «Notes sur la langue touarègue» (Acta Orientalia, XXV, 1959, p. 43-111). Le même sujet est repris augmenté dans son Manuel de grammaire touarègue, Copenhague, 1972, vol. 1, p. 30-37. Il y distingue 3 sortes d’accents : l’accent principal qui comporte un ton haut et une légère augmentation de l’effort dynamique, l’accent secondaire comportant un ton moyen et un effort dynamique moyen, l’accent tertiaire qui comporte un ton bas et un effort dynamique moyen. De toute façon l’accent n’a pas de fonction phonologique : il n’existe pas de paires de mots qui se distinguent uniquement par la place de l’accent. Les règles de l’accentuation sont compliquées et ne représentent pas toujours un état ancien de la langue. La distinction des accents secondaires et tertiaires est un problème de rythme. La règle est une montée progressive vers l’accent principal et une descente progressive après lui: 3-2-1-2-3. L’accent principal est désigné par l’accent aigu, l’accent tertiaire par l’accent grave. Un targui prononcera donc dgnnà «ciel», tdgllà «pain cuit sous la cendre», dm3zzày «campement>), rdnqqist «historiette, conte)).

Il y a des différences dialectales. Les Touaregs du Hoggar et de l’Aïr disent zkbrdn «huttes», i1zcndn «tentes», ceux des Iwellemmeden (de l’Est et de l’Ouest) ainsi que les Igllad parlant la tanslmt prononcent ikbran et ihàndn. Certains mots sont accentués sur la pénultième : abdyo’ «outre, akdtab «écriture. On accentue krsy «j’ai noué», mais ikrs «il a noué», nta «lui, elle», mais ssin «deux», dmis «chameau», mais smmiis «cinq». Les mots composés ont un régime particulier: e-kdy-’yhly «je t’aimerai», amïsonn k «ton chameau», u-hdk-e-ktb’y «je ne t’écrirai pas». H. Stumme a publié un recueil de contes du dialecte berbère de Tamezret (Miirchen der Berbern von Tamzratt, Leipzig 1900) dans lequel il note les syllabes accentuées. Les noms de parenté munis d’un suffixe pronominal portent l’accent sur la pénultième : mémmis «son fils», yzllis «sa fille» tandis que tous les autres noms le portent sur la dernière syllabe : lqârés «son château», afuss «sa main». Les noms de parenté primitifs sont constitués de dçux éléments : mémmi-s, yzlli-s, en revanche, les autres noms comportant l’ancien article berbère ou son équivalent, l’article arabe, ont dû en comporter quatre l-qâr-t-s, a-fus-y’-s : dans ces cas l’élément de liaison remonte à une forme plus fournie (comp. tachelhit: ylli-s «sa fille», mais a-fus-nns «sa main») et le déplacement de l’accent reflète cet ancien état des choses. Il y a des exceptions apparentes: l’eylt-é-s «sa femme» est traité comme nom ordinaire en raison de son origine arabe, sïdi-s «son maître», sans discriminante a été assimilé aux noms de parenté berbères. Le locatif est caractérisé par le déplacement de l’accent sur la dernière syllabe: dngu «cuisine», angil «dans la cuisine». (Notes recueillies sur place en 1974).

A l’île de Jerba, à Guellala, l’accent joue un rôle prépondérant et possède également une valeur phonologique. Le locatif est accentué sur la dernière syllabe comme à Tamezret : lmdyrb «soir», lmayr’b «dans la soirée». Les adjectifs du type amllal «blanc» distinguent une forme déterminée dmllal «le blanc» avec l’accent sur l’ancien article défini (W. Vycichl, L’article défini du berbère. Mémorial A. Basset, Paris, 1967, p. 137-147), tandis que amllal si$nifie «blanc» ou «un blanc» : gdrri ttli tamllalt «j’ai une brebis blanche» ti7iw tdmllalt tztsod «ma brebis blanche est arrivée» ; smitql ttli tdmllalt «regarde la brebis blanche». Dans l’ancienne langue l’accent a dû jouer un rôle aussi important comme en égyptien ou dans les langues sémitiques. En tachellit, admr «poitrine» se décompose en a- (ancien article définitif) et -dmr «poitrine». De ce dernier élément on a formé un nom de relation à l’aide du suffixe -ïy qui a donné un pluriel i-dmr-a-n (issu de wi..dmr_ïyn). Beraber adjs «ventre» pi. idusan s’explique en partant d’une base au singulier nous avons le passage de z à ï en syllabe accentuée, au pluriel *wj_djsï..yn a donné idusan avec maintien de l’z en syllabe atone. Les verbes fréquentatifs du type qtutl du berbère correspondent, en sémitique, au type qatdtal. Le nom d’agent de ces verbes a cependant maintenu le timbre de la voyelle médiane en syllabe atone, par exemple afraray «oisillon» issu de *wa_pardrdy

Le berbérisant allemand Alfred Willms (Hambourg) s’est penché à plusieurs reprises de manière assez détaillée sur les problèmes de l’accent en tamazight (parlers beraber du Sud ; Aït ‘Atta) et en kabyle. Il essaie d’en établir la position, aussi bien pour les mots isolés qu’en phrase, en relation avec l’intonation ; voir 1 — Der Akzent im Kabylischen, Der XV. Deutsche Orientalistentag, Gôttingen, 1961, p. 430. 2 — Die Tonalen Prosodeme des Kabylischen, Zeitschrft fur Phonetik... (Berlin), 18/1, 1965, p. 47-49. 3 — Grammatik der siidiichen Beraber dialekte (Siid-Marokko), Hamburg, 1972. (Les problèmes de l’accent sont traités en § 253, p. 75-78). Pour les deux dialectes Willms pose un accent d’intensité, sans modification mélodique ou de durée notable et distingue entre un accent principal et un accent secondaire. Sur les mots isolés, la position varie selon la classe grammaticale (verbe nom). Pour les noms, l’accent porterait sur la syllabe initiale dite d’<article» (‘a-/’ta-), ce qui paraît être une généralisation à accepter avec prudence. Pour le nom comme pour le verbe, la position de l’accent varie avec l’adjonction d’affixes grammaticaux (enclitiques divers démonstratifs, personnels...) qui ont tendance à l’attirer.

S. CHAKER

Source Initiales: Encyclopédie Berbère, Livre I.

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