Abu Yusuf Yaqub Ben Abd Al-Haqq

Est né à une date inconnue. Il régna à la suite de son frère de 1258-1286 comme premier souverain de la dynastie Mérinide.

Il était le dernier fils de Abd el-Haqq et successeur d’Abû Yahyâ ben `Abd al-Haqq après avoir supplanté son neveu (1258). Sa première action fut de déloger les Espagnols de Salé dont ils s’étaient emparés en profitant des querelles de succession. A la mort de son frère Abou Yahya Abou Bakr en 1258, Abou Youssef Yacoub considéré comme le premier souverain mérinide, acheva l’œuvre de son frère en supplantant définitivement les Almohades au Maroc, ceux-ci sur la défensive avaient incité Yaghmorasan à attaquer, de l’est, les territoires mérinides. Abou Yousef battit Yaghmorasan et s’empara enfin de Marrakech en septembre 1269. Après le prise de Marrakech, il substitua l'administration de son gouvernement à celle des Almohades, et envoya son fils Abou-Malek soumettre le Souss, et, à la fin de 1270, il se porta lui-même dans le Draa où les tribus vivaient absolument indépendantes. Il lui fallut mené une campagne en règle pour les réduire. Dans le cours de cette même année 1270, les chrétiens d’Andalousie pillèrent Larache, ils mirent cette ville à sac, massacrèrent les hommes et emmenèrent les femmes en captivité. Au printemps de l’année 1271, le sultan rentra à Marrakech et, peu après, il quitta la ville, qu'il avait descendue au rang de chef-lieu de province au profit de Fès, en la confiant au commandement du général Mohammed-ben-Ali.

Le sultan mérinide s’étant rendu à Rabat, y proclama son fils Abou-Malek comme héritier présomptif. Cette mesure eut pour résultat de pousser à la révolte ses neveux qui estimaient avoir des droits à comme appartenant à des branches aînées, peu de temps après, la révolte étendue éclata dans le Rif parmi les Ghomara. Les chefs de la sédition nommés Moussa et Mohammed se réfugièrent dans les montagnes des Ghomara, à la tête de quelques partisans, et se retranchèrent dans la position fortifiée d’Aloudane. Abou-Youssof envoya d’abord contre eux un corps de cinq mille cavaliers sous le commandement de son fils Abou Yakoub, puis une seconde colonne de même force, conduite par son autre fils Abou-Malek, l'héritier, afin de cerner les rebelles ; il se porta lui même sur le théâtre des opérations et ne tarda pas à contraindre les révoltés à se rendre. Usant de clémence envers ses neveux, le sultan se contenta de les exiler. Ils allèrent chercher un refuge à la cour de Tlemcen. D’autres princes compromis passèrent le détroit avec un corps de troupes mérinides que leur donna le sultan pour combattre les chrétiens qui, depuis quelques années, avaient rendu la situation des musulmans d’Espagne si précaire. Ces Merinides formèrent le noyau d’un corps qui se fit un renom mérité de bravoure et qu’on appela les «Volontaires de la foi».

La puissance mérinide se trouvait alors concentrée dans le Maghreb. L'émir en profita pour attaquer les Abdelwadides, qui avaient fourni un appui aux Almohades. Dans ce but, il fit appel tous ses contingents et, ayant dressé son camp près de Fès, y concentra ses troupes. A la fin de cette même année 1271, il se mit en marche vers l’est à la tête d’une armée considérable composée, en outre des Mérinides, des contingents des Masmouda et Sanhadja, de tribus arabes du Maghreb, des débris de l’armée almohade, de la milice chrétienne et du corps des archers Kurdes. Yaghmorasan fut battu, Oujda fut détruite, mais l'armée mérinide dut abandonner le siège de Tlemcen; Abou-Yousef voulait en effet passer en Espagne et avait hâte d'y entreprendre la guerre, en 1272 les Naçrides, bousculés par Alphonse X, avaient sollicité son intervention, tandis que de son côté Jaime d’Aragon conduisait une expédition sur le territoire de Murcie. Il lui fallut auparavant s'emparer de Ceuta et de Tanger, au pouvoir d'un certain El-Asefi qui y régnait d'une manière indépendante. Tanger fut occupé, mais Ceuta laissé à Asefi, qui s'engagea à verser un tribut annuel. Avant de s'embarquer, Abou-Yousef dut se rendre à Sidjilmassa dont il entreprit le siège. Il y emmena un matériel considérable et des machines de guerre de toute sorte, parmi lesquelles un engin nouveau qui lançait de son âme, au moyen d'une poudre inflammable, du gravier, du fer et de l'acier, d'après ce que nous en disent les chroniqueurs arabes, il fut le premier en occident à utilisé de l'artillerie. La ville ayant été prise en septembre 1274, cette conquête achevait de placer la partie de l’Afrique du Nord qui correspond à peu près au Maroc actuel sous la domination mérinide.

Il pu dès lors se lançé dans une audacieuse politique espagnole en intervenant par quatre fois en Andalousie (en 1275/6, en 1277, en 1282/3 et en 1285) s’y épuisant sans que l’Islam réussisse à faire reculer le front de la Reconquête chrétienne. Elles se terminèrent d'une manière assez vaine, par le traité qui intervint après le siège infructueux de Xérès par les mérinides, et aux termes duquel don Sancho, fils d'Alphonse X, remettait par exemple une grande quantité de manuscrits arabes (13 charges de mules), tombés entre les mains des chrétiens après la chute de Séville et de Cordoue. L'émir des Mérinides les fit envoyer à Fès où on les déposa dans la grande école qu'il avait fait bâtir pour l'usage des étudiants. Abou-Yousef-Yakoub mourut à la fin de mars 1286 à AIgésiras, après un règne de vingt-neuf ans. L'islam entier en prit le deuil, nous dit l'auteur du Roudh el-Kartas; son corps, transporté au Maroc, fut inhumé à Chellah, près de Rabat. Quant à son ennemi Yaghmorasan, le chef des Abdelwadides de Tlemcen, il était mort en 1283, sur les bords du Chélif. Le fils d'Abou-Yousef-Yakoub, Abou-Malek, étant mort avant son père, ce fut Abou-Yakoub-Yousef qui lui succéda sous le nom d'En-Naser-li-din-Allah.

Il est aussi le fondateur de Fès Jdid (1276). Au cours de son règne fut édifié la grande mosquée de la ville nouvelle (1279) et celle de Meknès.

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