Abu Yaqoub Youssouf

Youssouf Ier, est le second Calife de la dynastie amazigh almohade. Il est né à une date inconnu, et il est mort en 1184.

Histoire


Abu Yacoub Youssouf dit Youssouf Ier succéda à son père Abd el-Moumen en 1163, le règne du second calife, Abu Yacoub Youssef, fils du Zénète Abd el-Moumen et d’une Masmouda issue d’une lignée de notables de Tinmel, coïncida avec l’apogée de la dynastie almohade. Pour la première fois depuis l’époque de la paix romaine, les villes d’Afrique du Nord connaissaient prospérité et stabilité grâce à la paix almohadienne. Dans la péninsule ibérique, Abu Yacoub Youssef, qui contrôlait Al-Andalus, entreprit en vain de conquérir la partie orientale de l’Espagne musulmane. En effet, suite aux offensives menées par le roi de Castille Alphonse VIII contre Cordoue, Malaga, Grenade et Ronda, Abou Yacoub Youssef décida d’accentuer ses efforts après avoir repris Evora au même assaillant en 1181.

Les Almohades parvinrent à étendre leur autorité à la totalité d'Al-Andalus, à l'est duquel l'émirat anti-almohade d'Ibn Mardanîsh, dont la capitale était Murcie, était parvenu à résister jusqu'en 1172, il luttèrent avec difficulté contre les chrétiens, surtout à l'ouest où se manifesta le danger du jeune dynamisme portugais : le premier souverain, Alphonse Henri, proclamé roi en 1139, avait pris Lisbonne en 1147. Le pouvoir almohade peina à protéger sa frontière occidentale contre des raids terrestres qui enlevèrent plusieurs villes à l'islam. Sur mer, il sembla réussir d'abord, en construisant une flotte atlantique importante, à tenir en échec l'offensive portugaise ; mais en 1184 le calife lança, avec une armée considérable qu'il commandait lui-même, une grande offensive à la fois terrestre et navale contre Santarem et la frontière du Tage, qui échoua lamentablement. C’est au cours du siège de la ville portugaise de Santarem, que gravement blessé lors de la retraite assez désordonnée qu'il n'avait pu empêcher, Abou Youssouf I meurt en revenant à Séville. Il fut enterré à Tinmel près de son père et d’Ibn Toumert.

Esprit curieux et ouvert, Abu Yacoub Youssef s'entourait de lettrés et célèbres philosophes comme Ibn Taifal et Ibn Rochd (Averroès) qui vécurent à sa cour. Abu Yaqoub Youssouf se distinguait par sa grande culture, au cours de sa jeunesse il avait passé sept ans à Séville où il avait reçu une grande partie de sa formation intellectuelle, auprès des meilleurs savants d'Al-Andalus. Il y résida fréquemment et y engagea un programme de grands travaux avec la création d'un nouveau centre : édification d'une vaste mosquée, ultérieurement transformée en cathédrale, mais dont on conserve jusqu'à aujourd'hui le minaret ou Giralda, création d'une vaste zone de palais et de jardins et construction de nouveaux souks.

C’est à Al-Andalous qu’il donna la priorité tout au long de son règne. Il était un souverain très cultivé, ouvert à la réflexion, scientifique, partisan d'une doctrine quelque peu en rupture avec l'islam orthodoxe, le calife almohade accorda sa protection à de grands intellectuels qui, bien qu'ils soient de bons musulmans, formés aux disciplines classiques d'un malikisme andalou traditionnellement très conservateur, n'hésitent pas à promouvoir un courant de pensée inspiré des « sciences des Anciens », c'est-à-dire de la philosophie aristotélicienne. Peut-être désireux de favoriser la création d'un droit unitaire proprement almohade, Ibn Toumert condamnait d'autre part la diversité, classique dans l'islam, des écoles juridiques. Le grand cadi de Cordoue et médecin personnel du calife Ibn Rushd (mort en 1198) fut le plus remarquable représentant de cet épanouissement de la pensée sous les Almohades.

Cette tendance rationalisante contrastait avec l'évolution de l'islam oriental alors fortement influencé par le grand penseur et mystique Al-Ghazali (mort en 1111), qui s'était éloigné de la tradition philosophique héritée des Grecs telle que l'avaient représentée de grands savants musulmans comme Al-Fârabî (mort en 950) et Avicenne (mort en 1037). Ibn Rushd s'opposait explicitement au Tahâfut al-Falâsifa, la « Critique des philosophes », de ce dernier dans son Tahâfut al-tahâfut, ou « Destruction de la destruction ». Très liée à la conjoncture almohade et en contradiction avec le conservatisme de la majorité des juristes et théologiens andalous, cette pensée eu peu d'écho dans l'islam. L'Occident musulman du bas Moyen Âge se rallia aux tendances venues d'Orient hostiles à la philosophie aristotélicienne. Mais l'œuvre d'Ibn Rushd, plus connu en Europe sous le nom d'Averroès, sera traduite en latin au XIIIe siècle et aura une immense influence sur la pensée occidentale.

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