Abu Bakr Ibn Omar

ABÙ BAKR B.‘UMAR AL LAMTÛNI: Chef de guerre almoravide et, surtout, véritable fondateur de Marrakech, il était le frère de Yahya b. ‘Umar qui devint, à la mort de Yahy b. Ibrâhim, le chef de la Confédération berbère des sanhadja du Sahara atlantique (Lamtuna, Gudâla et Masùfa).

Les deux frères furent les premiers à rejoindre le réformateur malékite ‘Abdullâh b. Yâsïn dans son île — ribât de la côte Mauritanienne, d’où devait sortir le puissant mouvement almoravide. Après la mort de Yahyâ b. ‘Umar, au Soudan, en 1055, et celle de ‘Abdallâh b. Yâsïn au Maroc en 1059, Abû Bakr devint le seul chef des Almoravides. Il prit alors la décision de fixer le centre principal de son action à Aghmat et confia le commandement des troupes chargées d’envahir le Maghreb à son cousin Yûsuf b. Taifîn.

Mais sur les interventions incessantes des habitants d’Aghmat et de sa région, Abû Bakr se laissa finalement convaincre de créer une nouvelle capitale, mieux située à tous égards que la première. Sur les conseils des experts, il prit alors la décision de la fixer sur le site actuel de Marrakech où, pour mettre à l’abri son harem, ses trésors et sa garde, il construisit une casbah, le fameux château de pierre (Kasr al-Hadjar). Le transfert d’Aghmat à Marrakech eut lieu, d’après l’historien marocain al-’Idâri, le 7 mai 1070 (manuscrit du Bayân almoravide).

Par la suite, à une date que la même source nous dit être en rabi’ll 463/janvier 1071, Abû Bakr reçut des nouvelles alarmantes du désert. Pour pouvoir voler au secours de sa tribu, il abandonna à Yùsuf b. Tafin, le gouvernement des conquêtes almoravides, la ville en construction et même sa femme, Zaynab, qu’il répudia légalement afin qu’elle pût se remarier avec Yûsuf après le délai de viduité imposé par la loi musulmane.

Il ne revint au Maghreb, après avoir mis l’ordre au désert, qu’en 465/ 1072-73. Il s’installa, prudemment, à Aghmat, car il comprit vite que son cousin Yusuf ne lui rendrait ni le commandement des terres conquises, ni Marrakech, ni Zaynab. Il sut accepter les cadeaux importants qui lui furent offerts et, la face sauvée, il retourna auprès des siens, pour reprendre la guerre sainte contre les Noirs. Ce champion de la foi islamique fut tué, en 468/1075-76, au nord du fleuve Sénégal, dans le massif du Tagant où son épitaphe lapidaire a été retrouvée. Son fils IbrâhIm vint alors au Maroc pour réclamer la couronne de son père, mais de judicieux conseils de prudence et de substantiels cadeaux encouragèrent son effacement définitif. N.B. Abû Bakr frappa monnaie à son nom dès 450/1058.

Adapté de l'article de G. Deverdun paru dans l'Encylcopédie Berbère, Livre I

BIBLIOGRAPHIE


  • BRETHES J. D. Contribution à l’Histoire du Maroc par les recherches numismatiques. Casablanca, 1939.
  • TERRASSE H. Histoire du Maroc. t. I, Casablanca, 1949.
  • BOSH VILA J. Les Almoravides. Tetouan, 1956.
  • DEVERDUN G. Marrakech des origines à 1912. t. I, 1959, t. II, 1966.
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