Abdelwadides

‘ABD-AL-WADIDES ou Abdelwadides: Dynastie amazighe, appelée aussi « Zayyânides » qui, du XIIIe jusqu’au milieu du XVIe siècle, avec pour capitale Tlemcen, et dans des conditions historiques particulièrement difficiles, essaya de maintenir sous son obédience l'Afrique du Nord central (Maghreb Central) des rives de la Moulouya à la Kabylie Centrale. D’après Ibn Khaldoun, les Banù ‘Abd-al-Wâd faisaient partie des Zénètes de la seconde race et formaient avec les Banu Marin (Mérinides), les Banù Tuin, les Banû Riid et les Banù Mzàb la grande famille nomade des Banti Wâsïm.

Au XIe siècle, à la suite de l’arrivée des Arabes Hilàliens, ils furent progressivement repoussés de l’est vers les Hauts-Plateaux de l’Oranie où ils vont entrer dans l’Histoire. Sans doute le désastre eut été pour eux plus grand encore si l’avancée progressive des Almohades, venus du Grand Atlas, ne leur eut permis de trouver en eux des appuis et des encouragements auxquels ils surent répondre par des services efficaces, et presque toujours loyaux.., en particulier dans la lutte longue et sauvage qui opposa les Unitaires marocains aux Banû Ghaniya almoravides. Aussi quand, à la mort de son frère Abu Izza b. Zayyn, le ayki Yagmurâsan (ou Yagiamrzan, ou Yaghmursim) fut élu à la tête du groupe important des Ban ‘Abd-al-Wd, le calife de Marrakech, à titre de récompense, lui fit-il parvenir un diplôme d’investiture qui validait sa désignation et assurait la légitimité de son commandement.

L’émir qui, comme l’illustre Youssef Ibn Tachfin, ne parlait que l'amazighe, sut alors profiter des circonstances pour donner à sa famille un prestige qu’elle n’avait jamais connu dans le passé. Grâce à ses qualités exceptionnelles, qu’un long règne de quarante-huit ans mit en évidence, il créa un puissant royaume amazigh. Energique et habile, l’émir sut faire face aux dangers, sans cesse renaissants, des rivalités qui opposaient depuis des siècles les clans amazighes. Ayant fixé les Banil ‘Abd-al-Wàd, il ne renonça pas à l’amitié turbulente des nomades. Au « çof » arabo-zénète des Dawi ‘Ubayd ‘Allah et des Mérinides, il opposa un autre « çof» où entrèrent les Suwayd de la tribu hillalienne des Zogba. Les Suwayd formèrent l’essentiel de son makhzen ; il leur accorda des fiefs (iqta’) où beaucoup se sédentarisèrent et assurèrent son pouvoir. L’effondrement des Almohades, en 1248, laissa les ‘Abd-al-Wàdides face à face avec les Mérinides de Fes. Bien que de même origine les deux grandes familles s’opposaient ; les conflits entre elles étaient traditionnels et existaient déjà dans le désert. Ils allaient prendre une importance tragique par la constitution de royaumes parents mais opposés par la force même des données et des événements historiques.

On peut ajouter que le grand émir, tout en manifestant beaucoup de fermeté en face de ses propres parents Zanata, les Maghraoua et les Banu Tujin, eut l’habileté de conclure une triple alliance avec le sultan de Grenade et le roi de Castille pour lutter contre les actions dangereuses de l’ennemi commun mérinide en Andalousie et en Berbérie. Mais si le legs du passé domine tout le règne de Yaghmorasen, du moins, sur son lit de mort, songeant à l’avenir, conseilla-t-il à ses fils de renoncer au Maroc. Hélas! le grand duel va commencer vers 1295 entre Fès et Tlemcen, Tlemcen dont l’annexion par les Marocains sera la première étape qui mènera les Mérinides à la conquête éphémère du royaume de Tunis. C’est le « principal motif conducteur de cette histoire » dit G. Marçais. Il faut en marquer maintenant les grands événements.

Les épisodes les plus notables seront, sous ‘Uthinàn, fils de Yaghmorasen, le long siège de Tlemcen par l’armée de Fès, qui pendant huit ans (1298-1306) isola la ville par un mur de circonvallation, afin de la mieux affamer. Et, dans le même temps, Abu Ya’ûb, le Mérinide, construisit une ville-camp (alMansura: la Victorieuse) afin d’y jouir facilement de tout ce qui manquait aux assiégés tout proches. La capitale fut sauvée, en 1307, par l’assassinat du sultan mérinide, bientôt suivi d’une trève, mais devait être emportée trente ans plus tard (1337) après un nouveau siège de deux ans mené par le Mérinide Abu Al-Hassan.

Tlemcen connut alors, pendant dix ans, la domination marocaine et l’influence de Fes dont, finalement, elle profita à tous égards. Délivrée en 1348 du joug étranger par la défaite du sultan marocain en Tunisie, elle tomba de nouveau en 1352 aux mains du mérinide Abû Înan Fâris et ne revint aux ‘Abd-al-Wàdides qu’en 1359, après le soulèvement des Dawâwida et l’avènement de Hammil II(1359-1389). Le long règne de celui-ci représente une période faste où le royaume de Tlemcen reprit à son compte les desseins de conquête des Mérinides vers l’Est. Mais les expéditions furent des échecs ; celle de Bougie, en 1366, se transforma en déroute et eut des répercussions considérables. Le pouvoir royal en sortit si affaibli que les sultans de Fès ne cherchèrent plus à annexer Tlemcen et trouvèrent plus d’intérêt à soutenir les prétendants ‘Abd-al-Wdides afin d’en faire des vassaux utiles. La dynastie ne fut bientôt plus capable de défendre militairement sa capitale et ses emirs se virent bien souvent dans l’obligation de chercher refuge dans les steppes, parmi leurs alliés nomades, afin d’y poursuivre la résistance aux oppresseurs. Les cent cinquante ans pendant lesquels la monarchie subsistera encore ne la verront pas redevenir maîtresse de ses destinées. Le danger ne viendra plus de Fès, où les faibles Wattaside, successeurs des Mérinides, ne seront plus à craindre, mais de Tunis. Les deux derniers grands souverains Hafsides : Abû Fâris (1424) et ‘Uthmân (1466), après des campagnes victorieuses, imposent à leur tour au royaume de Tlemcen des souverains de leur choix.

La faiblesse de la dynastie ranima les dissensions intérieures et la convoitise des étrangers qui firent de la dernière période de l’histoire des ‘Abd-alWadides une époque de triste sujétion et de décadence. Tlemcen passa successivement sous la suzeraineté des Espagnols, maîtres d’Oran (1509), puis des Turcs d’Alger (1517), de nouveau des Espagnols, puis encore des Turcs, pour tomber aux mains des Saadiens de Marrakech, auxquelles finalement les troupes turques pourront l’arracher en 1550. Malgré la haute faveur dont jouissait sa capitale, centre d’art et de culture toujours prospère malgré les orages, et dont l’éclat brille encore de nos jours dans ses grands souvenirs religieux et mystiques, le royaume amazigh de Tlemcen n’apparaît pas dans l’histoire de l’Occident musulman avec la même auréole que ses voisins de l’est et de l’ouest. Sa position géographique, si elle le mettait en mesure de jouer un rôle économique prépondérant (débouché naturel des régions sahariennes, port de Honeîn), le rendait trop vulnérable aux entreprises_de ses envahisseurs. D’autre part les Arabes nomades, notamment les Banu ‘Amir et les Suwayd, qui avaient finalement envahi les plaines de l’Oranie, se mêlèrent trop souvent aux vicissitudes de l’Etat et, devant sa faiblesse, lui imposèrent la collaboration ruineuse de leur force combattante toujours disponible. Ce sont eux qui, le plus souvent, nouent et dénouent le drame. Malgré la valeur du fondateur de la dynastie, la capitale ne put jamais être le centre d’un grand état ; du reste ses émirs n’eurent jamais aucune prétention religieuse ou politique au delà du domaine, toujours mouvant, de leur obédience. Cependant il ne faut pas négliger le fait que, durant presque trois siècles, les villes d'Afrique du Nord Central se sont arabisées et ont contribué à l’arabisation du pays. La dynastie amazighe des ‘Abd-al-Wâdides est loin de s’y être opposée. Aussi la chute du royaume de Tlemcen entraîna-t-elle également un déclin de la culture arabe.

Adapté de l'article de G. Deverdux paru dans l'Encylcopédie Berbère, Livre I

BIBLIOGRAPHIE


  • IBN KHALDOUN. Histoire des Berbères et des dynasties musulmanes de l’Afrique septentrionale. Trad. de Slane, t. III, p. 326-492 et t. IV passim.
  • A. BEL. Histoire des Beni ‘Abd-al- Wddides, rois de Tlemcen, Alger, 1904.
  • A. BEL. Tlemcen. Encyclopédie de l’Islam. 1ère édition.
  • W. et G. MARÇAIS. Les monuments arabes de Tlemcen. Paris, 1903.
  • J. D. BRETHES. Contribution à l’histoire du Maroc par des recherches numismatiques. Casablanca, 1939.
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  • CH.-A. JULIEN. Histoire de l’Afrique du Nord. De la con quête arabe à 1830. 2ème édition revue et mise à jour par R. Le Tourneau. Paris, 1952, p. 154-163.
  • G. MARÇAIS. L’architecture musulmane d’Occident. Paris, AMG. 1954.
  • C.-E. DUFOURCQ. L’Espagne catalane et le Maghrib aux XIIP et XIV siècles. Paris, 1966.

Emires Abdelwadides:


  • Yghomracen Ibn Zyan (1236 à 1283) - Fonde la dynastie dont la capitale est Tlemcen
  • Othmane Ibn Yghomracen (1283 à 1304)
  • Abou Zeyane Mohamed Ier Ibn Othmane (1304 à 1308)
  • Abou Hammou Moussa II (1353 à 1389) - Prend Alger.
  • Abou Zeyane (1389 à 1389)
  • Abou El Hadjadj Youssef (1389 à 1393)
  • Abou Zeyane (1393 à 1399)
  • Abou Mohamed (1399 à 1401)
  • Abou Abdallah El Tensi (1401 à 1410)
  • Moulay Said Ibn Abou Hammou (1410 à 1411)
  • Abou Malek (1411 à 1425)
  • Abou Fares (1425 à 1425)
  • Abou El Abas Ahmed (1425 à 1425)
  • Moulay Mohamed (1425 à 1435)
  • Moulay Abdallah (1435 à 1437)
  • Abou Zeyane (1437 à 1438)
  • El Moutawakel (1438 à 1475)
  • Mohamed (1438 à 1460)
  • Abou Zakaria (1460 à 1488)
  • Abou Abdallah Mohamed (1488 à 1505)
  • Abou Abdallah Mohamed II (1505 à 1512)