Abd-Allah Ben Yasin Al-Gazuli

‘ABD-ALLÀH BEN YASIN AL-GAZÛLI: « Fondateur de la dynastie almoravide et un des trois principaux apôtres de l’Islam en Afrique du Nord (Maghreb), avec Sidi ‘Ukba et Moulay Idris Ier », selon ‘Abd-Allah Gannùn, dans ses « Célébrités Marocaines. » Vers 1040, le chef de la confédération des Sanhadja, chameliers du Sahara occidental, Yahia b. Ibrâhim, fit le pèlerinage à La Mecque et, durant son long voyage, constata avec peine dans quelle médiocrité religieuse vivaient ses contribules.

A son retour, sur les conseils de l’illustre savant Abu ‘Imrân al-Fasi, il s’adressa à Waggàg, maître d’école à Melkis, sur le Ziz, dans le royaume zénète de Sidjilmassa et lui demanda de désigner un de ses disciples pour apporter la bonne parole au désert. ‘Abd-Allh ben Yâsin, pieux, savant, rigoriste, de la tribu Sanhadjienne des Gazzùla*, fut le seul à accepter de partir pour le Sahara atlantique où, dès son arrivée, il prêcha l’observance absolue des règles de l’Islam malékite. Si les Sanhadjien au voile, acceptèrent très volontiers d’élargir leurs maigres connaissances religieuses et par là même, de mieux parler arabe, ils se montrèrent rebelles à la réforme radicale des moeurs que voulait leur imposer très brutalement ‘Abd-Allah b. Yasin et d’autant plus vivement, que celui-ci était loin de prêcher l’exemple.

Tout en affichant le respect des règles formelles d’une stricte moralité, il n’en menait pas moins une vie qui les contredisait, si bien que, à la mort de Yaliiâ b. Ibràhïm, le nouveau chef de la Confédération, Yahia b. ‘Umar, ne put empêcher ses contribules de piller la maison du réformateur et de le chasser. ‘Abd-Allah se réfugia alors, en compagnie de Yakiia b. ‘Umar et du frère de celui-ci, Abu Bakr, dans le ribat saharien de Na’ (ou dans une île sur le bord de l’Océan, d’après d’autres) pour y vivre dans l’ascétisme. ‘Abd-Allah gardait les pouvoirs de l’imam, la direction de la guerre sainte, la perception de l’impôt coranique et, au besoin, infligeait des corrections corporelles, même aux chefs militaires. Le grand mouvement des « gens du ribat », des Murâbitïn, c’est-à-dire des Almoravides*, était parti vers son destin.

De succès en succès, ceux-ci, après avoir soumis les tribus du désert à leur obédience, s’engagèrent dans la conquête de Sidjilmassa et de la lisière sud de l’Atlas marocain, puis, toujours sous la direction de leur chef religieux, ils entamèrent la conquête du Maroc et la lutte contre les Barghwata. En combattant contre ceux-ci (1068), le chef des Almoravides reçut de graves blessures qui bientôt entraînèrent sa mort. Il fut enterré près de Rabat, sur les bords de la rivière Korifla où son tombeau est toujours vénéré par les descendants de la tribu Zu’ayr (Zaêr), sous le nom de Sidi ‘Abd-Allàh moul-Gâra.

Adapté du texte de G. Deverdun paru dans l'Encylcopédie Berbère, Livre I

BIBLIOGRAPHIE


  • BENACHENOU A. Sidi ‘Abd-Allah moul-l-Gàra ou ‘Abdallah ibn Yasin, Hespéris, 1946, t. XXXIII, p. 406-413.
  • TERRASSE H. Histoire du Maroc, t. I, 1949.
  • DEVERDUN G. Marrakech des origines à 1912, 2 vol., Rabat 1959.
  • ABD ALLÀH GANNÛN —Mash’ hir ridjâl al-Maghrib, t. 37. Beyrouth.
  • BOSH VILLA J. Los Almoravides, Tetouan, 1956.
  • LAROUI A. L’Histoire du Maghreb, Paris, 1970.
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