Abalessa

ABALESSA: Village de l’Ahaggar situé à environ 80 km à l’est de Tamanrasset, sur les rives de la rivière Itayas, confluent des rivières Tit et Outoul qui devient Amded, laquelle se jette dans la rivière Tamanrasset. C’est l’un des plus anciens et des plus importants centres de culture avec Idélès et Tazrouk, depuis la mise en culture des terres de l’Ahaggar à la fin du XIXe siècle.

Bien que l’histoire orale n’ait point gardé de relations précises sur le passé de cette région, il semble bien qu’Abalessa, comme Silet et Tit, ait subi des tentatives d’organisation sociale et agricole bien avant le XIXe siècle. Le tombeau de Tin Hindn,* ancêtre féminin que se donnent les suzerains de l’Ahaggar, à 2 km au sud-est de l’agglomération actuelle, a rendu célèbre le nom d’Abalessa qui veut dire « lieu cultivable » en amazighe. Abalessa a certainement joué un rôle appréciable de relais caravanier durant le Moyen Age africain. Situé en terrain facile d’accès, à distance de l’Atakor, de climat sec et chaud, pourvu d’eaux permanentes et de végétaux assurant de l’ombre et du bois pour les hommes, des pâturages pour les animaux, Abalessa fut une étape importante sur les itinéraires Ouargla-In-Salah-Agadez, In-Salah-Silet-Adrar des Iforas-Gao-Tombouctou, Ghât-erg Admer, Adrar Anahef-Silet-Adrar des Iforas (Lhote 1955 356).

Ces transactions ne manquaient pas d’enrichir le pays et ceux qui le contrôlaient. Les troupeaux de moutons qui remontent à pied parfois encore du Mali, font étape dans la région d’Abalessa après la dure traversée Tin-Zawaten-Silet, particulièrement aride. C’est probablement la position stratégique d’Abalessa qui a valu un découpage territorial ancien dans sa région entre les Taytoq et les Kel ‘yela et aussi leur concurrence au niveau de la mise en culture des terrasses arrosées par des drains. La proximité permanente des suzerains a entraîné, comme à Tazrouk, une forte concentration d’esclaves orientés vers l’agriculture par les Kel yela et les Taytoq. Auprès de ceux-ci travaillaient aussi des Iklan en Tawsit (clan vassal des Kel yela) et des khammès des Dag yali. En 1938 Abalessa comptait 500 personnes dont 12 familles d’artisans baux, 80 ha de terres cultivées arrosées par 11 drains. Les 117 palmiers en rapport sur 271, donnaient environ 6 000 kg de dattes de variété tegaza (Floimond, 1938). C’est près d’Abalessa qu’ont séjourné longtemps les ameniikal Akhamuk ag Ihemma, Bey ag Akhamuk son fils (à Tiffert Tiwulawalen jusqu’à son décès en 975) et le chef des Taytoq jusqu’en 1912. C’est aussi près d’Abalessa que se situait d’une façon permanente un maître coranique (qui éduquait les enfants au campement de l’amenukal) et à quelques kilomètres de là une confrérie regieuse (Tidjanya) à Ennedid (Daymuli) créée à la fin du XIXe siècle par un -rif d’In-Salah : Mulay Abdallah. Depuis l’indépendance de l’Algérie, Abalessa a bénéficié, comme tout l’Ahaggar, du plan de développement et d’assistance spécifique aux territoires sahariens écoles, hôpital, bureau de postes, gendarmerie, transports publics, opératives agricoles avec moto-pompes, moulin coopératif, magasin de yen:e de produits alimentaires à des prix conventionnés, constructions de maisons d'accueil pour les nomades, etc. Toute cette infrastructure, en relation aussi avec l’animation créée par les chantiers de recherches minières de la région, village et de ses satellites (Iglène, Tiffert, Ennedid), un ensemble régional attractif, animé et contrôlé par Tamanrasset, siège de la Wilaya.

M. GAST

Source Initiale : Encyclopédie Berbère,Livre I