Abadir-divinite

ABADIR - ABBADIR: Divinité portant un nom phénicien qui signifierait « Père tout-puissant ». La fortune de ce nom en Afrique peut s’expliquer par le fait qu’en amazighe l’expression pouvait être également comprise dans un sens très proche « Père vivant » (Aba-Idder ou Aba-(I)dir). Ce nom cache peut-être celui d’un autre grand dieu du panthéon sémitique, d’Orient ou d’Afrique, le même qui à Sigus (Numidie) et à Guelaat-Bou Sba (Africa proconsularis) est nommé Baliddir *. Mais Abadir désigne aussi un bétyle * et devient presque un nom commun que cite plusieurs fois le grammairien Priscien de Caesarée qui précise (VI, 45) que ce fut le nom de la pierre que Saturne avala à la place de Jupiter nouveau-né. Carthage a livré plusieurs bétyles anthropomorphes. Les idoles à tête de chouette de Tabelbalet* (Sahara central) en sont aussi de bons exemples. Les bétyles sont fréquemment représentés sur les stèles puniques ou d’influence punique sous forme de petits obélisques groupés par 3 ou par 5 (stèle d’Hadrumète en Byzacène et de l’Oued el Agial, au Fezzan). A Hadrumète un bétyle est représenté sur un trône. A l’époque romaine le culte d’Abadir est attesté par une dédicace de Zucchabar (Miliana) en Maurétanie Césarienne.

A Abbadir Saint, les « Jeunes Desservants » ont élevé cet autel de leurs propres deniers pour (le salut de l’empereur...). C.I.L. VIII, 21481 ABBADIRI SANCTO CVLTO / RES IVNORES / SVIS SVMITIS / ARAM CONSTITV / PRO...

Les Cultores Junores appartenaient à une association de Juvenes comme il en existait dans la plupart des colonies et municipes. Cette inscription montre bien qu’à Zucchabar Abadir (ou Abbadir) était reconnu comme une divinité nettement différenciée. Dans une réponse à un certain Maximus de Madaure, Saint Augustin nous apprend que de son temps encore les « Abbadires » étaient placés au rang des divinités par les Africains (Epitr. XVII, 2). Ce pluriel convient assez bien aux bétyles représentés en nombre impair sur les stèles de Byzacène et de Libye. On sait que la litholâtrie qui n’est pas complètement disparue dans les campagnes nord-africaines a des origines très anciennes. Le culte des « Abbadires » mentionné par Saint Augustin ne devait pas être très différent de la vénération que portaient les femmes touarègues aux idoles préhistoriques qu’elles fussent anthropomorphes comme à Tabelbalet, ou zoomorphes ou aniconiques comme à Tazrouk.

G. CAMPS

Source Initiale: Encyclopédie Berbère, Livre I

NOTES:


Le théonyme punique <'BN "DR> signifie <Pierre du Puissant> et non < Pierre puissante>, Baal et Hamon ont porté cette epithète "ADDIR": Baal addir est attesté dans les inscriptions de Constantine, Guelat Bou Sba près de Guelma. LallaYetto